Artiguevieille, humble village au milieu des Landes, a
atteint une certaine notoriété grâce à un petit poème humoristique de l’abbé A.
Ferrand, de l’Académie des Sciences et Belles Lettres et Arts de Bordeaux
(Balladins et Gascons page 27). Ce texte n'est pas à l'avantage des paroissiens. Occitan bazadais Lou hill dou Boun Diou (Sabest ço qu'es lou Hill dou
Boun Diou ?) estut énbiat dén lou désert per y juna péndèn quarante jouns.
Lou praoube! Lou dichèren tout soul sèn boulandyey pér li bailha pan; sen
cousinèyre per li bailha frico. Aouè amy, amy; mindyèou herbes, racines. Lou
diable arribèt é li dèchut: Traduction (Henri Portes)
Le fils du Bon Dieu (vous
savez qui c'est le fils du Bon Dieu ?) fût envoyé dans le désert pour y
jeûner pendant 40 jours. Le pauvre ! Ils le laissèrent tout seul sans
boulanger pour lui donner du pain, sans cuisinière pour lui donner du
ragoût. Il avait faim, faim ; il mangeait de l'herbe, des racines.. Le
diable arriva et lui dit :
- Tu qu'ès lou hill dou Boun Diou, chandye aquérès peyres én pan.
- Bouy pas.
- Per qué ?
- Pr'ataou.
Lou diable lou pourtèt sous témple, coumo qui diré au
lou cluthiey d'Artiguebieille et li dichut:
- Jiti-te én bas, te aras pas maou, toun pay a dit
qu'énbiré sous andyes pér t'amassa.
- Bouy pas.
- Pér qué ?
Pr'ataou.
Te baillerèy Bazas.
Bouy pas.
– Pér qué ?
- Pr'ataou.
- Té baillerey La Réoule.
- Bouy pas.
- Pér qué ?
- Pr'ataou.
- Té baillerey Bourdéou.
- Bouy pas.
- Per qué?
- Prataou..
- Qué bos doun ?
- Boly Artiguebieille.
Artiguebieille ??? moun amic, n'es pas desgoustat;
Artiguebieille ? mé sé boly un boulur, aci qué l'ey; sé boly un ibrogne, aci
qué l'ey; sé boly un assassin, aci qué l'éy. Ba bése à l'aouberge lou
diménche, aco n'és que gouyatasses qué s'ibrougnen dap aquéts gouyatas.
Aou judyemèn darrèy, lou Hill dou Boun Diou, qué séra
cheytat aou coustat dé soun pay, qué mé dira :
- Curé d'Artiguebieille, qu'as eyt de tes aouilles?
- Ey you que mé harey pétit, tout pétit
- Haoût ! tu, curé d'Artiguebieille, qu'as eyt de tes
aouilles?
- Bestys mé lés ats baillades; bestys bou les tourny !
Lou Boun Diou qu'és un boun bitoun, qué mé dira :
-Curé d'Artiguebieille, ben t'én dap you, et tés
aouilles, qué s'én anguin én infèrm. Et bous aouts qué bous estacrats à ma
soutane, mé you, qué quitrèy ma soutane. Bous aouts qué bous estacrats à mes
culottes; mes you, qué lacheréy lou boutoun. Et qué m'en angrey dap lou Boun
Diou. Et bous, touts dén l'inferm qué bous én angrats.
Acos la grâce que bous souhaty. Amen
- Toi qui es le fils du Bon
Dieu, changes ces pierres en pain.
- Je ne veux pas.
- Pourquoi ?
- Parce que.
Le diable le porta au
temple, comme qui dirait sur le clocher d'Artiguevieille et lui dit :
- Jettes- toi en bas. Tu ne
te feras pas mal, ton père a dit qu'il enverrait ses anges pour te ramasser.
- Je ne veux pas.
– Pourquoi ?
- Parce que.
- Je te donnerai Bazas.
- Je ne veux pas.
- Pourquoi ?
- Parce que.
- Je te donnerai La Réole
- Je ne veux pas.
- Pourquoi ?
- Parce que.
-Je te donnerai Bordeaux.
–Je ne veux pas.
- Pourquoi ?
- Parce que.
- Que veux-tu donc ?
– Je veux Artiguevieille.
- Artiguevieille !!! Mon ami
tu n'es pas dégoûté; Artiguevieille ? Mais si je veux un voleur c'est là
que je l'ai; Si je veux un ivrogne c'est là que je l'ai ; Si je veux un
assassin c'est là que je l'ai. Va voir à l'auberge le dimanche, il n'y a que
des fillasses qui se saoulent avec ces jeunes vauriens.
Au jugement dernier, le fils du Bon Dieu qui sera assis
aux côtés de son père, dira :
- Curé d'Artiguevieille qu'as-tu fait de tes ouailles ?
- Et moi je me ferai tout petit, tout petit.
- Allons ! Toi curé d'Artiguevieille qu'as-tu fait de
tes ouailles ?
- Bêtes vous me les avez données, bêtes je vous les
rends !
Le Bon Dieu qui est un brave type me dira :
- Curé d'Artiguevieille, viens avec moi et que tes
ouailles s'en aillent en enfer. Et vous autres qui vous accrochez à ma
soutane, mais moi, je quitterai ma soutane. Et vous qui vous accrochez à mes
culottes, mais je déferai le bouton. Et je m'en irai avec le Bon Dieu. Et
vous, tous dans l'enfer que vous méritez.
C'est la grâce que je vous souhaite. Ainsi soit-il.