Article paru dans le journal paroissial en février 1985 sous le n° 82
Auteur inconnu à ce jour.
La plus ancienne trace d'un seigneur de Sauviac remonte à 1124. Sa signature figure sur l'acte de fondation de l'abbaye de Fontguilhem : Arnaud-Bernard de Sauviac
le Jeune. Peut-être donc a-t-il succédé à un autre Arnaud-Bernard l'Ancien.
Par la suite le duché d'Aquitaine appartenant au roi d'Angleterre, tout en faisant partie
du Royaume de France, le Bazadais va se trouver longtemps en plein centre des guerres, où les seigneurs prenaient parti pour l'un ou l'autre camp, les Anglais étant
le plus souvent maîtres du pays.
En 1280, le seigneur en place à Sauviac est Raymond-Guilhem de Sauviac. En 1283 est créée la charge de prévôt de Bazas
(représentant du roi). En 1287, R-Guilhem cumule cette charge avec celle de prévôt du Bazadais ; probablement l'occupait-il depuis sa fondation en 1283, car à cette
date il reçoit l'autorisation de bâtir un château, avec murailles et fosses.
Même un représentant du roi avait besoin de représenter une puissance personnelle.
Le roi mise sur lui ; en 1289, le château de Tontoulon dépend de lui (à titre personnel ou plutôt lié à la fonction ?) Les Tontoulon ayant besoin d'argent, avaient pu
être amenés à vendre leur château. Il avait aussi à défendre les intérêts que le roi avait aux environs de Tontoulon, mais aussi de Lados. Les sieurs de Lados étaient
habituellement hostiles au roi qui avait une fois ou l'autre confisqué leur château ; il est assez probable que le roi avait confié au prévôt
la garde de ce château, en attendant qu'à la génération suivante il officialise les choses en faisant donation aux successeurs des châteaux de Tontoulon et
Lados , donation confirmée par la suite. ce qui montre la situation de foire
d'empoigne du moment.
Raymond-Guilhem est encore en place en 1290, mais en 1293
on trouve Bertrand de Sauviac lui aussi prévôt de Bazas et du Bazadais. La
fonction deviendrait-elle héréditaire ? Il est vrai que celui qui tenait les
trois châteaux entourant la ville était le mieux placé pour être prévôt de
Bazas, le plus puissant personnage du Bazadais. Mais la chance l'abandonne vite.
En 1294 le Roi de France confisque le Duché d'Aquitaine ; Bertrand fait partie
des nobles qui se replient à la cour d'Angleterre. Le Roi de France restitue le
château de Sauviac à Arnaud de Marmande S'il faut prendre le mot au sens plein,
cela signifierait que le roi d'Angleterre aurait jadis dépossédé de Sauviac
cette famille, pour le donner à un homme à lui.
La situation se prolongeant, le
roi d'Angleterre entreprend la reconquête (1308). Sans doute le château est-il
pris, car Bertrand demande au roi une aide pour l'aider à réparer son château
qui a souffert de la guerre, mais la chance comblait Bertrand : son oncle
devient Pape (Clément V), celui-ci désireux d'avoir un solide bastion dans son
pays natal en cette époque troublée, se fait construire un château à Viullandraut et aide ses neveux des environs à en faire autant.
Il semble bien
que Bertrand de Sauviac, au lieu de faire réparer son château, profite de
l'occasion pour en faire construire un autre, mieux situé et dans le même style
que celui de Villandraut. Il devient alors un personnage important au service du
Roi ; il va en mission auprès du Pape au comtat d'Avignon, au moins trois fois à
Rome, en Angleterre. Bertrand est encore en place en 1324, mais en 1327 on
trouve Raymond Guillaume.br> On s'est interrogé sur la présence de nombreuses
positions fortifiées sur Sauviac : la Mothe, le Vieux Château, le château proche
de la Grange et la butte de la Hon. Le quartier au nord du ruisseau a dû
appartenir à une ancienne paroisse partagée ensuite entre Sauviac et Saint-Côme
; la Motte était le refuge de ses habitants.
Sur l'autre rive, sur Sauviac
proprement dit, la défense avait été prise en main par le seigneur, utilisant un
promontoire entre le ruisseau et un affluent. Quand l'autorisation de construire
un château a été accordée en 1283, sans doute a-t-il utilisé une motte déjà
existante pour y placer un donjon ; autour, des murailles entourent une
certaine surface et sont protégées par un ou deux rangs de larges fosses. Le château
proche de la Grange l'a normalement remplacé. L'autre utilisait des escarpements
naturels ; pour celui-ci, au XIV°, on peut s'en passer en maçonnant aussi haut
qu'il le faudra. Le premier était à l'écart dans un endroit austère, celui-ci
est en rase campagne, en plein milieu du domaine seigneurial ; un donjon enfermé
entre les murailles avec une tour à chaque angle. La butte de la hon devait
porter quelques tours de guet, tandis qu'au lieu de Tucot une petite butte
devait porter un poste sur l'ancienne voie romaine à l'accès sur la voie
romaine.
On peut s'interroger sur l'origine des seigneurs : on ne connaît que
mes prénoms. Les premiers devaient être originaires de la région. Par la suite
dans le cadre des guerres franco-anglaises, il a dû leur arriver de remplacer un
seigneur partisan des Français par un homme à eux, tel un certain Trignancourt
qui figure un moment. Pour R. Guilhem et Bertrand, leur parente avec la famille
de Villandraut les désigne comme gens du lieu.